Poèmes

Poème pour la Paix

Les hommes combattaient pour un lambeau de terre
C’est à moi ! clamait l’un, non à nous ! hurlait l’autre
Ces vergers, ces hameaux, ne seront jamais vôtres
Et l’air était rempli de la fureur du fer

Chacun se réclamait du labeur de son père
Du passé, de son droit, se posant en apôtre
Revendiquant d’avoir semé les champs d’épeautre
Justifiant dès lors de partir à la guerre

Bientôt partout des morts jonchèrent la campagne
Les blés furent détruits, c’est ainsi que l’on gagne
On heurtait en marchant les débris des maisons

Les survivants, lassés, déposèrent les armes
Pour restaurer la paix, pour déverser leurs larme
Et retrouver enfin la voie de la raison

Prix de l’académie de la poésie français – 2023

Remise des prix aux « Gueules cassées » à Paris
Avec Thierry SAJAT, Président de l’Académie de la poésie française

Articles de journaux

L’oeil du Maître

Bien planté sur ses pieds, il contemplait la tour,

Œuvre de ses aïeux quatre siècles plus tôt.

Refuge recherché des oiseaux d’alentour
Dans les joints de la pierre, à l’abri des créneaux.
Les arbres fleurissaient, et la rose grimpante
De sa tige courbée enlaçait les moellons

De la vieille bâtisse encor si élégante
Qui dominait les prés, jusques à l’horizon.
Il savourait l’instant, seigneur de son domaine,
Contemplant la Nature, alangui par ses chants,

Songeant à son destin, dispensé de la peine
Des paysans usés par les travaux des champs.
Brusquement un bruit sourd, un lent battement d’aile
Lui fit lever la tête et fixer les nuages.

Un immense oiseau noir se détachait du ciel
Survolant son donjon, tel un être sans âge.
Le bruissement du vol était étourdissant,
Comme un souffle puissant qui transperçait les os.

Il décrivit un cercle et glissa dans le vent,
Prenant possession de la terre et des eaux.

L’homme suivit des yeux la sombre créature,
Imperturbablement effectuer sa ronde.
Venait-elle troubler par cette étrange allure
La paix de son esprit, et ébranler son monde ?

L’oiseau se rapprocha, archaïque présage,
Et sa pupille noire en son iris châtain
Se fixa dans l’œil clair du noble personnage,
Pénétra dans son âme et brisa son maintien.

L’espace d’un éclair, l’homme revit sa vie,
Ses actes, ses méfaits, ses mauvaises pensées,
Ses sentiments cachés, ses lâchetés aussi,
et l’aboutissement de ses choix insensés.

L’animal fit un tour et revint vers sa proie,
Juge déterminé face à un accusé.
Il jeta de nouveau un regard dur et froid
Sur l’homme dépouillé de ce qui l’habillait.

Le bec du Grand Corbeau était épais, pointu.
On aurait dit le doigt d’un fier justicier
Descendu rétablir l’ordre par sa venue
Et redonner un sens aux choses dévoyées.

L’homme s’agenouilla et demanda pardon
Pour toutes ses erreurs, les paroles blessantes
Et le mal infligé faute d’attention
À tout son entourage, à son épouse aimante.

L’oiseau poussa un cri, de victoire ou de joie,
Vira rapidement vers les crêtes lointaines,
Laissant l’homme étourdi et vidé de son Moi.
Puis le Grand Maître ailé disparut de la scène.

L’homme très lentement, se remit sur ses pieds,
Encore chaviré par son expérience,
L’affleurement soudain de ce qu’il refusait :
La bonté, la douceur, la paix, la confiance.

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